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La Reine Christine, de Rouben Mamoulian, Warner Home Video, 1933.

A la mort du roi son père, une enfant seule héritière est élevée comme le futur Roi et en a ainsi tous les attributs. Greta Garbo incarne alors majestueusement cette femme qui doit taire sa féminité jusque dans sa relation avec le trésorier qu’elle mène de façon très dominatrice en provoquant chez lui une véritable frustration qui deviendra haine.

Mais là où la question de genre est la plus troublante c’est lorsque le Reine séduit l’ambassadeur en charge de lui demander sa main au nom du roi d’Espagne alors qu’il la croit homme. A voir cette succession de scènes mémorables ou tout d’abord on le voit soulagé mais encore troublé quand il la découvre femme, quand le lendemain un de ses compagnons est intrigué lorsque les deux « amoureux » demandent à ne pas être dérangés dans leur chambre mais qu’il ne fait aucun commentaire, ou encore lorsque les deux amants se retrouvent face à une cheminée et qu’ils dégustent ensemble des fruits dont on perçoit la connotation sexuelle… Tout ici est une histoire de rôles et d’attributs.


Ainsi lorsque la Reine décide de séduire l’ambassadeur, elle reprend ses attributs dits féminins en sa parant d’une robe et de bijoux. Elle devra choisir entre son rôle de Reine et celui de femme amoureuse mais sera bientôt rattrapée par la jalousie meurtrière de son ancien amant. Cette femme, malgré ses multiples travestissements et sacrifices, ne peut être libre de ses choix. 

A noter aussi la lumière du film qui ajoute au tragique en donnant au visage de Garbo un masque androgyne, beau et terrible, dont l'ambiguïté est merveilleusement exploitée.


Sérénade à trois
d'Ernst Lubitsch, Paramount, 1933

Comme souvent dans les comédies de Lubitsch, l’intrigue se déroule dans la haute société bourgeoise et les personnages principaux sont impliqués dans une relation triangulaire et donnent ainsi à voir une vision relativement neuve des mœurs conjugales. Gilda qui est une femme libre, propose à ses deux acolytes une relation platonique dont personne n'est dupe en affirmant «Oublions que nous sommes de sexe différent. »

À la fois piquant et pudique, caustique et immoral à souhait, le film aborde franchement un thème éminemment sexuel... tout en ne montrant jamais un couple au lit. Lubitsch déploie ici tout son art de l'esquive, jouant avec le hors champ au profit d'un échange complice avec le spectateur.

Ce film appartient aux Screwball Comedies qui sont des comédies non conventionnelles, vont dans différentes directions et empruntent des chemins inattendus. Ici les dialogues sont sources de rebondissements comiques et désarçonnant comme cette réplique de Gilda ou elle avoue à ses deux comparses qu’elle les veut tous les deux, expliquant alors qu’un homme lui peut essayer avant de choisir alors qu’une femme doit choisir d’instinct pour être une femme bien…


  Certains l’aiment chaud, de Billy Wilder, Metro Goldwyn Meyer, 1959

Durant la prohibition en 1929, deux musiciens de jazz au chômage, mêlés involontairement à un règlement de comptes entre gangsters, se transforment en musiciennes pour leur échapper. Ils partent en Floride avec un orchestre féminin. Ils tombent illico amoureux d'une ravissante et blonde créature, Sugar Kane (Maryline Monroe), la chanteuse de la troupe. Devenus les « amies » de la jeune femme, ils recueillent ses confidences, en particulier sur sa déception des hommes. Ils adaptent ainsi leur jeu sur celui de l’homme idéal ; pour séduire, l’homme doit ainsi s’approprier quelques attitudes de la femme. 

Ainsi ce film qui parodie les films de gangster et de comédie de couple est une critique en règle de l'hypocrisie des relations entre hommes et femmes dans la société américaine, avec l'envers de mensonges et d'intérêts qu'elles comportent. Ainsi, sous son caractère pseudo-homosexuel, le film reste en fait dans un monde parfaitement hétérosexuel, basé sur le sexe et l’argent.

Pour l’anecdote, la censure demandée par certains sur la fin du film où l’on voit "un homme accepter la demande en mariage d’un autre homme et une femme embrasser une autre femme" n’a pas été retenue… 


Freaks = La Monstrueuse parade
, de Tod Browning, Metro Goldwyn Meyer, 1932 

Dans ce chef d’œuvre qui nous ouvre les portes sur le monde du cirque et des ses « bêtes de foire », tous les clichés sont renouvelés par l’inversion des positions habituelles. La question est posée du formatage des corps, de la frontière entre l’homme et le monstre, entre l’humanité et l’animalité, entre la norme et l’excès et les barrières morales, physiques ou sexuelles tombent.

La série de personnages (une femme à barbe, un homme tronc, des sœurs siamoises, un hermaphrodite, des hydrocéphales, un homme sans chair, un cul-de-jatte, etc.) et le trouble qui les entoure provoque un certain malaise et des scènes parfois cocasses ne sont possibles que parce qu’elles ont lieu dans l’univers forain. Comme cette scène d’ouverture où un homme prend son bain et que la trapéziste, penchée au-dessus, semble le regarder sans vergogne. Là encore les rôles sont inversés puisqu’au cinéma c’est habituellement une femme qui se trouve nue dans son bain et l’homme qui porte un regard possessif.

On notera malgré tout que la censure a amputé ce film de la fin prévue. Dans cette scène terrible où la vengeance est à son apogée, le complice de la trapéziste qui a tenté de s’en prendre à un des membres de la troupe devait être émasculé… tous les rôles et attributs ne peuvent être totalement remis en question.



Demain est un autre jour
,
de Douglas Sirk, Universal Studios, 1956 

Douglas Sirk, propose souvent, de manière subversive, la représentation du rêve américain dont les principaux fondements seraient liés à la réussite sociale et à la glorification des valeurs familiales. 

Alors que Clifford Groves est un homme accompli dans son travail en tant que propriétaire d'une fabrique de jouets, il se sent négligé par sa femme Marion dévouée à leurs enfants. Un soir qu’il est seul chez lui à se préparer à manger et qu’il porte un tablier, il reçoit la visite d’un amour de jeunesse devenue une femme d’affaires. L’image est forte et tend à montrer l’homme abandonné dans la position de la femme au foyer dont le romantisme est frustré et qui déclare "Je me suis enterré vivant dans un tombeau que j'ai construit moi-même".

Le poids de la famille et les armes de la société utilisées par sa femme empêchent cet homme d’avoir complètement le rôle de l’homme qui abandonnerait sa famille pour retrouver cet amour passé. Ce n’est alors pas la femme qui renonce mais l’homme. Et la scène finale, cruelle, montre l’avion qui emmène la femme d’affaires vers sa vie choisie et voit l’homme retourner dans sa prison dorée.

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