Votre résidence se place sous le signe des mots et vous travaillez sur le langage. Quelle est sa portée pour un poète ?
Plutôt que travailler sur le langage, je travaille la langue ; c’est-à-dire ce dont je dispose, langue commune, sociabilisante, langue des livres, bruits de langues, souvenirs de langue, langues anciennes etc., un matériau, donc, que je transforme en outil pour élaborer une langue poétique, celle qui se lit dans mes livres. Je crois que le poète constamment cherche sa langue, langue qui fasse une percée dans le réel devant lui, dans la conscience de quelques lecteurs qui évoluent dans ledit réel, une langue qui tente d’éveiller cette conscience que la vie moderne et certaines manipulations (la publicité entre autres) aliènent. Je ne vise aucunement l’universel, je n’ai pas cette prétention ; je cherche à faire entendre ma « langue naturelle », gourmande et complexe, ma vraie langue : ma langue poétique.
Comment avez-vous découvert la poésie contemporaine et quelle est sa place dans le monde d’aujourd’hui ?
J’ai découvert la poésie contemporaine par hasard et tardivement (j’approchais la trentaine) ; après avoir longtemps détesté cet art littéraire. Par le hasard de la rencontre de poètes vivants (Daniel Biga, François de Cornière, Valérie Rouzeau) qui m’ont appris que j’aimais la poésie sans le savoir, en tant qu’art de liberté de parole et possibilité d’être. Depuis cette découverte j’avance avec enthousiasme sur le territoire poétique, et excitation, mais ne sachant pas quelle est sa place dans le monde, je ne connais pas assez le monde pour répondre à votre question, la poésie telle qu’elle est perçue dans certains pays où règne la dictature et telle qu’elle est perçue dans une démocratie, ça n’a rien à voir. Dans certains pays, on assassine les poètes parce que leur liberté de parole dérange les pouvoirs en place.
Comment allez-vous faire passer votre passion au public ?
Par la rencontre, simplement. La poésie n’est pas un art de masse, elle se rencontre à travers la voix de l’écrit et à travers une parole solitaire, je crois en l’échange pour détourner les appréhensions que l’on a vis-à-vis d’elle. Autrement dit et concrètement, au Blanc-Mesnil, de nombreuses rencontres scolaires sont programmées, ainsi que des « causeries » avec des adultes autour de certains livres de poésie contemporaine (ateliers de lecture), des cartes blanches (une soirée dégustation de poésie et de vin est prévue) ; je voudrais faire découvrir au public la diversité de la poésie contemporaine, qui est sa richesse, et par quoi elle propose de multiples entrées et cheminements.
Pouvez-vous nous parler de votre projet d’un chantier d’écriture ?
Il s’intitule « Et leçons et coutures ». « Leçons » dans le sens de « lectures » et « coutures », en référence à Montaigne écrivant dans un de ses essais que nous sommes liés d’une couture naturelle à nos parents ; c’est un livre de dettes à l’égard des écrivains auxquels je suis lié d’une étrange couture et qui m’ont formé lecteur, poète et être humain ; chaque poème porte le titre de l’écrivain qui est l’objet de ma reconnaissance. Il y a 99 poèmes. Le chiffre 9 entre dans ma construction symbolique du livre, c’est le nombre de muses dans la mythologie. C’est aussi un « hommagier », un hommage à la langue du poème.